• le sens de la route

    Le sens de la route

     

    le sens de la route

    En quittant Leh, la route remonte le long de la rivière Indus. Les rives ont été détruites par la montée des eaux, les maisons effondrées témoignent du drame récent qui a frappé le Ladakh. Petit à petit la reconstruction commence mais les traces sont encore inscrites dans le paysage, comme elles restent gravées dans les mémoires. Il est frappant de constater que la catastrophe a frappé une très vaste partie du territoire du Ladakh et pas seulement sa capitale, Leh.

     

    Il nous a fallut 8 heures pour effectuer les 240 km pour rejoindre Phoker. Traversant un paysage minéral stupéfiant, la route serpente dans des masses ocres, sculptées par les éléments, de végétation point.

    le sens de la route


    Tout au long de ce périple, nous croisons des campements de Bihar boys, travailleurs venus de l’état du Bihar situé plus au Sud.. Ils me font peser aux damnes de la terre, ces hommes, femmes et enfants, aux visages noircis par la poussière et le goudron,, vivant sous des tentes, cassant et charriant des pierres avec des outils rudimentaires, malaxant le mortier à même le sol.  C’est une véritable armée qui, à mains nues, reconstruit la route abîmée par les éboulements, dont certains pans ont carrément disparus ou qui œuvre à la construction de nouvelles portions, ouvrage titanesque, souvent à plus de 3500 mètres d’altitude. Cependant lorsqu’on les croise, on ne ressent pas d’animosité de leur part, ils adressent volontiers un sourire, un geste de la main

    le sens de la route

    Ces hommes et ces femmes occupés à ce dur labeur contrastent avec l’immensité intemporelle des paysages, ils s’escriment à lutter contre l’érosion des falaises de roche nue qui éclate sous l’action de l’eau et du gel. A un moment  à laquelle on ne peut plus guère donner le nom de route est coupée par un énorme éboulis, nous devons rebrousser chemin et prendre une autre voie pour arriver à notre destination.

     

    La route trouve son passage parfois improbable, se faufilant dans les masses imposantes des cimes himalayennes par deux cols à plus de 4000 mètres d’altitude, bordée de vertigineux précipices, débouchant sur des paysages à couper le souffle. lorsque nous arrivons à la tombée de la nuit dans la communauté de Phokar., nous avons l’impression d’avoir traversé un monde, un espace-temps

    le sens de la route

    Cette route est une histoire en soi, elle raconte un espace, une géographie et une histoire. Ces espaces essentiellement déserts, sont constellés de mats d’offrandes et de stuppas, témoignant du lien des habitants de ces terres avec une autre forme de réalité.

    Elle communique un sentiment d’humilité et de respect : se déplacer est devenu une habitude dans le monde moderne, mais relève ici d’une épopée.

    Au Ladakh, bien des communautés restent coupées du monde pendant plus de la moitié de l’année, quand la neige et les conditions climatiques deviennent prépondérantes. Lorsque, dans nos sociétés modernes, nous nous rendons dans un endroit, nous ne pensons plus guère au déplacement que cela représente qu’en terme de logistique, un retard d’une heure d’un train ou d’un avion, nous irrite car nous considérons cela comme allant de soi, de pouvoir effectuer des centaines et des milliers de kilomètres juste car on a payé pour une prestation.

    le sens de la route


     

    Le sens de la route, de nos déplacements, de nos allées et venues, nous échappent, nous les considérons plus comme une contrainte que comme une expérience,  pourtant la route, le chemin, la piste de rêve  témoigne de notre rapport au monde, de notre manière de le voir et de le parcourir. Au moment où les déplacements souvent inconsidérés des humains deviennent un péril pour tout l’écosystème, il serait peut être souhaitable de se questionner sur où nous allons et sur ce que nous avons vraiment à y faire.