• RETOUR DANS LE MONDE D’EN BAS

    Retour dans le monde d’en bas

     

    RETOUR DANS LE MONDE D’EN BAS Notre périple dans le monde de haut s’est achevé et nous avons mis quatre jours pour rentrer de Leh en France en passant par Delhi. Au départ de Leh, au petit matin, alors que le soleil se levait sur l’Himalaya, l’aéroport était envahi par une cohorte de militaires qui partaient en convoi aérien, des moines bouddhistes, des vieilles femmes chargées de sacs et de couvertures, quelques familles et nous, les seuls occidentaux .

     

    Arrivés à Delhi c’est le choc, la fourmilière humaine grouillante d’activité, la chaleur douce et la végétation, tout ça nous surprend, nous arrivons d’un territoire minéral où les formes de vies végétales sont rares, où les communautés humaines sont réduites. Le bruit et la pollution nous anesthésient quelque peu. Il faut dire que nous sommes tous tombés malades juste après avoir quitté Phoker, une espèce d’attaque virale qui nous vide et nous laisse tremblants de fatigue.

     

    Un espace s’est refermé et nos corps en témoignent. Il faut à présent redescendre. Le tournage s’est fait à la force de la nécessité que nous n’avons jamais questionnée car il y avait l’urgence d’être là, de capturer les image et les sons, en suivant les signes et les occurrences. Nous avons beaucoup donné et nous avons beaucoup reçu.

     

    RETOUR DANS LE MONDE D’EN BAS

    Dans un échange que nous avons eu avec les protagonistes du film, il nous a été dit que le rôle de l’artiste était d’invoquer les divinités, les divinités pouvant prendre des visages effrayants. L’artiste doit les saisir et les matérialiser par le médium qui est le sien. Cette question du rôle de l’artiste, nous l’avons beaucoup confrontée dans nos parcours respectifs Gilles et moi, elle est centrale, c’est elle qui donne la direction. Elle ne supporte pas la concession.

     

    De retour dans le monde d’en bas, j’apprends la mort de Captain Beefheart, un des esprits libres du monde de la musique, exilé par choix dans le désert Mojave, sculpteur et plasticien, inspiré et inspirant.  Don Van Viiet aka Captain Beefheart à dit :

    « Votre guitare n’est pas vraiment une guitare Votre guitare est une baguette de sourcier. Utilisez-la pour trouver des esprits dans l’autre monde et les ramener. Une guitare est aussi une canne à pêche. Si vous êtes bons, vous en tirerez un gros. »

    et aussi : 

    « Entrainez-vous devant un buisson* Attendez que la lune se lève puis sortez, mangez un pain aux graines et jouez de votre guitare devant le buisson. Si le buisson ne remue pas, mangez un autre morceau de pain. »

     

     

     

     

     RETOUR DANS LE MONDE D’EN BAS

    RETOUR DANS LE MONDE D’EN BASRETOUR DANS LE MONDE D’EN BAS

     

    J’apprends aussi le châtiment auquel l’Iran condamne Jafar Panahi, un des plus brillants cinéastes de sa génération : 6 années de prison et 20 ans d’interdiction de travailler. Le monde d’en bas est implacable pour les esprits libres.

     

    Lha Gyal Lo, c’est ainsi que le tibétains se saluent avant d’entrer dans les espaces consacrés : « que les dieux soient victorieux… » Il y a ce film dont nous avons à présent la charge, un probable documentaire sonore et le soutien à construire pour l’école du Lotus Blanc, l’aventure se poursuit sous d’autres formes et sous d’autres cieux.

     

    RETOUR DANS LE MONDE D’EN BAS

    Qu’il en soit ainsi donc et que les rêves continuent de circuler par des itinéraires détournés malgré la censure, malgré la peur, malgré le conflit des réalités. Je devrais repartir en Inde prochainement, au Meghalaya cette fois ci, surnommée aussi la demeure des nuages, dans L’Inde du Nord Ouest, assister mon ami le cinéaste Isaac isitan dans la prépration de son prochain film qui porte sur les relations hommes femmes, dans une des rares société matrilinéaires encore existantes aujourd’hui.

     

    A suivre donc,

    So long,

    Doris Buttignol

    Décembre 2010